23. Poudre d’illusion

Avertissement
Ce texte explore des dynamiques d’attraction, de manipulation et d’altération des perceptions sous l’effet de substances. Il contient des scènes de consommation de drogue, de sexualité explicite entre adultes et de violence.

Le soleil chaud de mars faisait fondre la neige des plates-bandes. Le trottoir s’en retrouvait complètement détrempé et couvert de petites roches. Les bottes rouges à talon de Rachel avançaient à un rythme effréné.

À un certain moment, elles s’arrêtèrent puis pivotèrent vers la droite avant d’entamer l’ascension d’un de ces fameux escaliers extérieurs montréalais qui aboutissait à même le trottoir.

Arrivée devant la porte de bois bleu clair, elle prit une grande respiration, puis leva la main droite. La ferma en poing et se mit à bûcher dans la porte comme si elle était poursuivie par un ours.

Assise à table, Claudine était penchée par-dessus celle-ci, la langue sortie, concentrée, quand un vacarme vint la sortir de son état de transe. Elle releva la tête d’un coup, repoussa la chaise et se leva d’un bond. D’un pas décidé, elle se dirigea vers la porte pour voir qui était la cause de ce chahut.

Claudine arriva à la porte, défit le loquet et ouvrit la porte avec vigueur. Si rapidement que Rachel ne put retenir son poing et manqua d’envoyer une droite au visage de Claudine. Elle la regarda, surprise, puis sans gêne entra dans l’appartement en tassant Claudine d’un coup d’épaule.

— IL EST OÙ ? hurla-t-elle en entrant.

Claudine la regarda s’enfoncer dans le corridor. Elle referma la porte et partit à sa poursuite.

— Hey ! Les gens civilisés enlèvent leurs bottes avant d’entrer chez le monde.

— Où est-ce que tu le caches ? lança Rachel en regardant dans la salle de bain.

Claudine rejoignit Rachel qui s’était subitement arrêtée dans la salle à manger. Elle se tourna vers Claudine. La regarda de la tête aux pieds. Claudine ne portait qu’une culotte et un soutien-gorge souple semi-transparent.

— L’autre partie des gens civilisés s’habillent quand on cogne à la porte.

Claudine se regarda, puis se croisa les bras juste en dessous des seins. Défiant Rachel du regard.

— Qu’est-ce que tu veux, Raytch ?

— Y est où ? demanda-t-elle en regardant autour.

— Mais de qui tu parles, câlice ?

— Antoine, esti ! Ça fait des semaines qu’il ne me répond pas. Il est nulle part.

— Tu sais qu’un appel aurait été plus efficace pour que j’te dise que j’l’ai pas plus vu depuis un mois.

— J’préfère l’effet de surprise, dit-elle en la toisant de nouveau.

— T’as plus l’air surprise que moi, répliqua-t-elle.

Rachel détourna le regard une fois de plus. Elle fit le tour de la salle à manger, fit quelques pas dans la cuisine puis revint devant la table. Elle pointa le dessus.

— C’est quoi, ça ? demanda-t-elle d’un ton sec.

— C’était mon projet avant qu’t’arrives.

— Tsé que c’est illégal, lança Rachel.

— Faire irruption chez les gens sans leur accord, aussi, c’est illégal. Tu devrais le savoir, rétorqua Claudine.

— Deux lignes ? T’attends quelqu’un ?

— Ça me prend ça quand on varge sur ma porte en sauvage.

Sur la table reposaient deux lignes de cocaïne, la première parfaitement alignée, la seconde, croche et éparpillée. Un sachet vide reposait au milieu de la table et une carte de crédit était à plat à gauche de la poudre.

Rachel se replaça devant Claudine. À nouveau elle la scruta de haut en bas, observant sa peau couleur cannelle, les sillons de sa musculature. Elle s’attarda un instant sur ses seins puis cligna des yeux et releva la tête. Claudine la défiait du regard.

— C’est la première fois que tu vois une métissée en sous-vêtements ?

— Non. Mais tu pourrais mettre un chandail. Tu vas rester comme ça ? C’est gênant, ta brassière transparente, dit-elle en se retournant vers la table.

— My house, my rules, répliqua Claudine. J’vois pas ce qui te gêne, ajouta-t-elle en se dirigeant sur le côté de la table, devant ses lignes de poudre.

Elle regarda Rachel qui essayait par tous les moyens de détourner le regard ; elle se mordillait l’intérieur de la joue. Claudine sourit, passa ses mains derrière son dos puis désagrapha son soutien-gorge qu’elle enleva habilement en ramenant ses bras en avant. Elle souleva le bras droit, exposant sa brassière, puis la laissa tomber par terre.

— Est-ce moins gênant comme ça ? renchérit-elle.

— Ciboire, Clau.

— Quoi ?

— Rien… Bon… Si Antoine est pas là, je vais te laisser à ta… à ton… À ça là.

Claudine sourit, elle replaça la chaise puis s’assit. Elle reprit la carte et s’affaira à redessiner la deuxième ligne. Une fois terminé, elle regarda Rachel.

— Tu m’accompagnes pas ?

— T’es malade ?

— De toutes les personnes, j’aurais juré que c’est toi qui en aurait fait.

— Tu voudrais pas mettre un chandail ? Sérieux ?

— Si ça te gêne tant que ça, enlève le tiens, tu vas voir… Tu vas te sentir bien mieux.

— T’es complètement folle.

Claudine se pencha et, d’un trait, aspira la première des deux lignes. Elle ferma les yeux en relevant la tête.

Un instant, en silence, tout ralentit momentanément.

Doucement, elle redescendit puis ouvrit les yeux. Rachel l’observait les yeux grands ouverts. Claudine passa une main sur son cou, laissant glisser ses doigts sur sa clavicule, puis effleura ses seins.

Rachel se mordit la lèvre inférieure. Inconsciemment. Fixant la poitrine de Claudine.

Claudine sourit. Elle reprit la carte, retravailla la ligne restante pour la séparer en deux et la replacer devant Rachel, qui avait enlevé son manteau et s’était assise devant elle.

Claudine se pencha à nouveau, se boucha une narine, aspira la demi-ligne devant elle, puis se releva aussitôt, se frottant légèrement le dessous du nez. Rachel posa ses mains sur la table et fit mine de se relever.

— J’vais… J’vais te laisser à tes trucs.

— C’est correct si t’es pas game. J’te jugerai pas, dit Claudine à voix basse.

Rachel regarda la ligne de coke sur la table.

— J’suis pas ma sœur, moi.

— C’est difficile à dire à première vue.

Rachel fronça les sourcils, se pencha et aspira la poudre d’un coup. Elle releva la tête lentement. Les yeux fermés. Elle inspira, expira. Puis baissa son menton en ouvrant les yeux. Claudine était bien enfoncée dans sa chaise et la regardait ; un léger sourire se dessinait sur son visage.

Soudainement, dans un mouvement d’une fluidité sans pareil, Claudine se retrouva derrière Rachel.

Elle fit glisser ses doigts dans ses cheveux roux. Puis massa ses trapèzes. Ses doigts glissaient sur la peau de Rachel comme sur les cordes d’une harpe.

Elle faisait constamment de petits points de pression qui donnaient incontestablement des frissons à Rachel. Puis, doucement, sans avertir, Claudine commença à déboutonner la blouse de Rachel. Celle-ci plaça ses mains autour des poignets de Claudine mais était incapable de la retenir.

Elle se surprit même à placer son nez dans le creux du cou de Claudine. Leurs respirations, plus vives et plus fortes, servaient de mélodie à travers le silence. Puis Claudine le brisa.

— J’aurais pas pensé ça de toi, Rache.

— Que j’aie autant de guts ? demanda Rachel, frondeuse.

— Qu’t’étais curieuse.

— Ça te fait halluciner, ton truc… J’suis pas curieuse.

Claudine sourit puis se retira. Elle prit la main de Rachel et l’incita à se lever.

— Et pourtant t’es encore là… dit Claudine en s’éloignant.

Après quelques pas, elle tourna la tête pour surprendre Rachel qui lui regardait les fesses. Elle lui fit signe de la tête, l’invitant à la rejoindre. Rachel défia Claudine du regard, puis s’avança d’un pas décidé. Elle contourna Claudine en la scrutant, laissant même sa main droite glisser sur le haut de son dos. Claudine laissa échapper un sourire en tournant la tête.

Sans avertissement, et sans résistance, Claudine poussa Rachel contre le comptoir. Elle laissa ses mains glisser sur sa blouse, effleurant ses seins, passant sur son ventre. Ses mains finirent leur trajet en empoignant les fesses de Rachel. À chaque geste, Rachel eut un frisson, se crispa ; ses mains, sur les hanches de Claudine, se serrèrent.

— Tu vois, Rachel… Ton corps dit des choses que ta bouche refuse de prononcer.

— Tu sais ça, toi ? demanda Rachel, la voix coupée par sa respiration rapide.

— Le corps humain, c’est ma spécialité. Le tien parle sans arrêt.

— Pis il… Il dit quoi ?

— Qu’il a besoin de ça… dit-elle en posant ses lèvres sur le cou de Rachel… Qu’il a envie de ça… en déboutonnant un autre bouton de sa blouse… Qu’il aime beaucoup ça… ajouta-t-elle en glissant sa main sous les jeans de Rachel pour lui saisir fermement une fesse.

Rachel resserra son étreinte alors que Claudine l’entraîna vers le bas, pour s’asseoir sur la céramique chaude de la cuisine. Par la fenêtre, les rayons du soleil venaient se poser sur le duo improbable, rendant la peau humide de Claudine à la couleur de la cannelle dorée, et la chevelure rousse de Rachel étincelante comme le feu.

Rachel ne sut pas trop comment placer ses jambes. Claudine la guida, l’aidant à les placer en lotus. Elle vint alors s’asseoir entre ses cuisses, laissant glisser ses jambes de chaque côté, frottant son entrejambe sur le bas du ventre de Rachel en soutenant son regard. Rachel se mordit la lèvre à nouveau, releva la tête et ferma les yeux.

Antoine ouvrit la porte de l’appartement. Il fit quelques pas. Entra dans le salon, remarqua la boîte écrit « Livres d’Antoine » dessus. Il appela Claudine, mais son appel demeura sans réponse. Il s’engagea alors dans le corridor.

Dans la cuisine, Claudine était assise sur Rachel, qui était appuyée dos aux armoires. Elles étaient de plus en plus proches. Clau avait fini de déboutonner la blouse de Rachel, qui, elle, parcourait le cou de Claudine de sa bouche.

Le plancher craqua.

Claudine détourna le regard alors que Rachel releva rapidement la tête.

— Y a quelqu’un ? demanda-t-elle, apeurée.

— On dirait, répliqua Claudine en glissant ses mains dans la blouse de Rachel.

— On fait quoi ? chuchota la rousse.

— Rien, dit doucement la médecin en approchant ses lèvres de l’oreille de Rachel.

Rachel, incertaine et inconfortable, essayait de ne pas s’en faire. Le souffle de Claudine sur son cou, ses lèvres sur son oreille, lui donnaient des frissons. Elle ressentait quelque chose qui lui était inconnu. Une peur enivrante l’envahissait et lentement elle sentait qu’elle ne contrôlait plus ses gestes.

Elle se surprit à laisser ses doigts glisser sur les seins de Claudine. Cette dernière commença à détacher la brassière de Rachel.

— Fuck, Claudine… Qu’est-ce que tu me fais ?

— J’fais exactement c’que tu fais… How does it feel to be under?

— C’est la coke qui fait ça ? demanda Rachel en fermant les yeux.

— La coke… Ça fait que t’as plus peur.

— Peur de quoi ?

— D’assumer c’qui s’passe dans ta tête.

— Tu dis ça comme si c’était un jeu…

Claudine plaça un doigt sur les lèvres de Rachel. Elle lui sourit. Puis lui chuchota à l’oreille.

— Faut juste apprendre les règles.

— J’respecte jamais les règles…

— J’aime comment tu joues…

— Y a quelque chose que tu fais qui m’enivre, dit délicatement Rachel.

— T’as juste inconsciemment arrêté de refuser mes avances.

— J’suis toujours en contrôle.

— Ça a rien à voir avec le contrôle… dit-elle en effleurant la bouche de la jumelle.

— Tu me gosses… répondit Rachel en prenant fermement le sein gauche de Claudine, et en cherchant quoi faire de sa main droite, la laissant glisser sur sa cuisse, puis la retirant rapidement avant de répéter le même geste sur son flanc puis sur son dos.

Cette maladresse fit sourire la médecin.

La respiration de Rachel s’accélérait. Les doigts de Claudine parcourant sa peau la faisaient frissonner de plus en plus. Elle ne contrôlait plus ses propres mains qui, à sa grande surprise, parcouraient de plus en plus fermement et intimement le corps de Claudine.

Claudine ouvrit les yeux en retirant la brassière de Rachel. Elle fronça les sourcils et s’avança pour agripper sa bouche avec la sienne.

Le plancher craqua à nouveau. Une seconde, puis une troisième fois. Le bruit était proche.

Claudine s’arrêta, tourna la tête. Elle posa un doigt sur la bouche de Rachel, puis tendit l’oreille.

Le silence persista quelques secondes.

Rachel, énervée, la poussa et se leva d’un trait, saisissant un pot sur le comptoir. Sans hésiter, elle le lança vers la silhouette qui entrait dans la cuisine.

Antoine eut à peine le temps de réaliser que Rachel venait d’apparaître, la blouse ouverte.

— Raytch, qu’est-ce qu…

Le pot le frappa au visage de plein fouet avant de rebondir vers la salle à manger, pendant qu’Antoine s’écroulait lourdement au sol.

***

Clap ! Clap ! Clap !

— Arrête ça Rachel, sermonna Claudine.

— Il va bien finir par reprendre conscience, rétorqua la rousse.

Claudine s’accroupit à côté d’Antoine. Elle portait maintenant un petit short sport et une camisole bleue. Rachel la regarda. Claudine remarqua et lui adressa un sourire.

— Me préférais-tu en sous-vêtement ? lui demanda-t-elle.

— Je…

— Hmmm… Aurais-je trouvé votre talon d’Achille, maître Langlois ? dit Claudine en haussant un sourcil.

— C’est juste une illusion…

Claudine rit, puis passa un sachet de sel odorant sous le nez d’Antoine. Après quelques secondes, Antoine plissa les yeux. Puis, sans avertissement, il éternua avant de doucement ouvrir les yeux.

Sa vision était floue au départ, puis il vit deux visages juchés au-dessus de lui. Il regarda Claudine, puis Rachel.

Le pot l’avait frappé en plein front, laissant une ouverture entre le nez et l’œil jusqu’au milieu du front. Rien de profond, mais assez pour forcer Claudine à le rafistoler.

Claudine s’adressa à Rachel.

— En tout cas, illusion ou pas, tu sais viser, Raytch.

— Lanceuse au baseball pendant vingt ans, c’est ça que ça donne.

Antoine reprenait lentement ses esprits. Il se redressa doucement. Regarda Rachel.

— Qu’est-ce que tu fais ici, Raytch ? demanda-t-il, confus.

— Ça fait des semaines que je te cherche, lui répondit-elle en le saisissant par le collet.

— Doucement, Raytch, s’interposa Claudine en plaçant une main sur le bras de la rousse.

— Je comprends pas trop. Je venais récupérer des livres que Clau me donne. Il regarda Claudine. T’étais pas supposée être partie, toi ?

Claudine se releva puis regarda Rachel.

— J’ai été retenue, dit-elle en faisant un clin d’œil à Rachel.

— Retenue par Rachel ? Tu vas voir, elle a des effets pire que la drogue que tu sniff.

À ce moment, Rachel saisit le pot par terre. Elle jeta un œil vers Claudine, qui haussa les sourcils. Elle regarda Antoine et le frappa avec. Il s’effondra à nouveau sur le plancher de la salle à manger.

— Coudonc ! Y a quoi dans ce pot-là ? demanda Rachel.

— C’est écrit dessus, répliqua Claudine.

— Magic Powder ? dit Rachel, un peu confuse.

Claudine sourit et haussa les sourcils. Rachel sourit en regardant Claudine.

— T’es pas intolérante au gluten ? Qu’est-ce tu fais avec d’la poudre à pâte ?

Claudine rit fort. Elle prit le pot, dévissa le couvercle et montra l’intérieur, rempli de sachets, à Rachel.

— Magic Powder, beauté… C’est pas pour cuisiner !

Rachel étouffa un petit rire. Claudine se pencha sur Antoine à nouveau. Elle écarta les pans de son manteau, puis doucement s’affaira à déboutonner sa chemise. Rachel, incertaine, se pencha à côté d’elle.

— Tu… Tu fais quoi, là, Clau ?

— J’lui enlève sa chemise, répondit-elle avec certitude.

La chemise complètement déboutonnée, Claudine l’écarta pour ensuite laisser ses doigts glisser sur la peau d’Antoine. Elle se redressa légèrement, défiant Rachel du regard. Elle reprit le pot et en sortit un sachet.

— Faut que j’aille travailler, dit-elle tout bonnement.

— Ok… Tu vas pas ramener ça à ta job ? demanda Rachel, incertaine.

— Non… Mais toi, t’as sûrement jamais fait ça : une ligne de coke sur le ventre d’un Rital ?

Rachel se laissa retomber assise sur ses pieds en se redressant le torse. Elle regardait Claudine s’activer à vider le sachet de poudre sur Antoine.

— J’hallucine, dit Rachel à voix basse.

— Quoi ? demanda Claudine sans détourner le regard.

— J’pense… J’pense que t’es plus dangereuse que moi…

— Ça a rien à voir avec le danger.

Claudine se releva et se dirigea vers sa chambre. Elle en ressortit rapidement avec une blouse verte, en train d’enfiler un pantalon vert de travail. Elle récupéra son manteau et sa sacoche sur le divan. Rachel se releva et finit de reboutonner sa blouse.

— Tu t’en vas ? demanda-t-elle.

— Oui… Je travaille dans quarante minutes.

Elle passa à côté du duo et se dirigea vers la porte.

— J’fais quoi avec lui ? questionna Rachel.

Claudine regarda Antoine, puis regarda Rachel à nouveau.

— Après ta ligne, referme sa chemise pis laisse-le là. C’est pas la première fois qu’il se retrouve inconscient sur mon plancher. Anyway, tu le cherchais, non ?

— J’le cherchais… dit-elle en hésitant, pensive, en reposant son regard sur Antoine.

Claudine ouvrit la porte, commença à sortir, puis se retourna vers Rachel.

— Oh… elle fouilla dans ses poches, puis lança une clef à Rachel.

Elle l’attrapa sans bouger.

— Barre la porte en sortant.